La Bibliothèque Centrale de l’Université Islamique de Gaza (AUG) المكتبة المركزية للجامعة الإسلامية بغزة est située dans le quartier al-Rimāl. Elle a été inaugurée en 1978 et détruite le 9 octobre 2023. Dans ce bâtiment imposant bordé de deux bosquets verdoyants, cinq étages de 900 m2 abritaient, chacun, plus de 240 000 livres, périodiques et travaux scientifiques. Mais rien n’a survécu de la Bibliothèque aux bombardements perpétrés et revendiqués sur le campus deux jours après le 7 octobre et ses massacres. Détruite, la Bibliothèque Centrale a aussi servi de toit et de refuge aux populations jetées à la rue par la guerre.
Localisation de l’Université.
Entrée principale de la bibliothèque.
Historique
La bibliothèque a été inaugurée en même temps que la fondation de l’Université islamique de Gaza, en 1978.
Pour un historique de l’Université islamique de Gaza, voir la fiche n°99 réalisée par Laura Orban dans le cadre du projet Gaza Histoire.
Bâtiment

Bâtiment de l’Université.
La bibliothèque s’étend sur cinq étages d’environ 900 mètres carrés chacun, pour une surface totale de 4 500 mètres carrés [2].

Collections / fonds documentaires
La bibliothèque centrale possède plusieurs dizaines de milliers de livres, ouvrages de références, publications périodiques et ressources électroniques [3].
Témoignages
État actuel : état des collections, des fonds et les équipements

Photos avant-après la destruction de la bibliothèque centrale.
Traduction des textes dans la marge à gauche :
- LA BIBLIOTHÈQUE CENTRALE - La bibliothèque universitaire la plus grande et la plus complète parmi les universités de Gaza.
- PLUS DE 240 000 livres, revues, thèses et références essentielles ont été réduits en cendres, effaçant ainsi des décennies de connaissances.
Date de destruction
Destructions postérieures au 7 octobre 2023
Des attaques aériennes ont également été menées contre le campus de l’Université al-Azhar à d’autres dates, sans qu’il soit possible d’établir si elles ont contribué à endommager le bâtiment de la bibliothèque centrale lui-même.
Ces attaques supplémentaires ont eu lieu le 11 octobre et le 21 novembre 2023 [5].
Circonstances de la destruction :
Des bombardements aériens israéliens très violents ont visé le campus de l’Université [6]. L’attaque du campus a été revendiquée par l’armée israélienne elle-même, au motif que l’université aurait entretenu des liens étroits avec le Hamas et aurait été utilisée comme camp d’entraînement pour des agents du renseignement militaire, et comme site de production d’armes [7].
A cette occasion, le 10 octobre 2023, l’UIG a lancé un appel solennel à « toutes les institutions, organisations et organises internationaux pour une intervention immédiate et un travail acharné pour protéger les institutions qui servent les enfants du peuple palestinien contre toutes ces attaques, et pour qu’elles oeuvrent immédiatement pour garantir le droit des étudiants et le processus educatif contre ces attaques et d’agir immédiatement pour garantir le droit des étudiants à une éduction sûre et d’intervenir pour limiter les politiques d’occupation racistes contre ses attaques arbitraires contre le processus éducatif. » [8].
L’attaque du campus a été revendiquée par l’armée israélienne elle-même, au motif que l’université aurait entretenu des liens étroits avec le Hamas et aurait été utilisée comme camp d’entraînement pour des agents du renseignement militaire, et comme site de production d’armes. [9]
Description des destructions et/ou dommages
- Bâtiment : Les bâtiments de la bibliothèque ont été très gravement endommagés [10].
- Collections / Fonds documentaires : Plus de 240 000 livres, périodiques, ouvrages de référence et travaux scientifiques ont disparu dans les flammes [11]. Ce qu’il reste du campus sert désormais de lieu de refuge pour les populations déplacées, et plusieurs articles montrent qu’elles n’ont d’autre choix que d’utiliser les livres restant comme combustible pour se réchauffer ou pour cuire leur nourriture [12].
Équipements :
- Non renseigné pour l’instant.
Situation du personnel :
- Non renseigné pour l’instant.
Sources écrites :
- Les sources sont référencées dans les notes bas de page.
Sources iconographiques et audiovisuelles :
- Bombardements israéliens qui ont visé l’université, à partir de documents de Reuters et de l’armée israélienne – Wall Street Journall, 11 octobre 2023.
- État du campus, et notamment de l’extérieur de la bibliothèque centrale – Al-Jazeera, 28 novembre 2023.
- État du campus, et de l’intérieur de la bibliothèque centrale – Al-Jazeera, 29 novembre 2023.
- État d’une partie de la bibliothèque de l’université et de ses collections. Interview de Muḥammad Šaḥāda, chercheur à l’Université islamique de Gaza, et Mūsā Abū Darābī, étudiant en ingénierie dans cette même université – Al-Jazeera, 6 avril 2024 (Un complément diffusé sur X/Twitter donne aussi la parole à Malak, réfugiée sur le campus de l’Université.
- Comparaison de l’état de la bibliothèque avant et après les bombardements israéliens – Publication sur le compte Instagram de l’Université, 2 décembre 2024. La photographie du bas montre un état de destruction encore plus avancé que dans le reportage d’Al Jazeera du 29 novembre 2023 ou dans la vidéo publiée par l’Université le 5 novembre 2024, indiquant que les attaques contre l’université en général et la bibliothèque en particulier ont été renouvelées par l’armée israélienne.
Témoignages :
- Ohood Nassar, « A University Transformed », We are not numbers, 30 mai 2025. Le témoignage évoque explicitement la bibliothèque, avant et après sa destruction.
Préservation, sauvegarde, restauration
- Aucune information parvenue.
Informations techniques
| Numéro de fiche : |
6 |
| Lien avec d’autres fiches : |
Gaza Histoire, fiche n°99 |
| Typologie : |
Bibliothèque Universitaire |
| Auteurice(s) : |
Rémy Gareil, Ne*, Ha* et Vanessa Van Renterghem |
| Date de création de la fiche : |
21/07/2025 |
| Date(s) de mise-à-jour : |
— |
Entrée principale de la Bibliothèque centrale de l’université islamique de Gaza
avant sa destruction Crayon de couleur sur papier,
18 x 2 cm, janvier 2026. Dessin : Théodora Lucile, 2026.
Théodora Lucile est dessinatrice et autrice de bandes-dessinées. Elle vit à Paris et à Bruxelles. C’est elle qui a dessiné le logo de Reading in Gaza. Vous pouvez la retrouver sur Instagram (@theodora.lucile).
Ce dessin est une interprétation libre mais fidèle d’une photo de la Bibliothèque centrale de l’université islamique de Gaza avant sa destruction. C’est un hommage à la mémoire de ce qu’a été cette bibliothèque : un lieu d’archives, d’études et de rencontres.
Mais c’est aussi un appel à sa reconstruction.
En quittant le domaine de la photographie, on quitte le domaine de la documentation stricte, on fait exister le souvenir autrement.
En tant qu’européenne, je n’avais jamais vu cette bibliothèque de mes yeux avant de la dessiner pour Reading in Gaza. J’ai passé plusieurs heures à reproduire cette photo, jusqu’à la connaître par cœur... Et je me suis retrouvée ensuite, une fois l’enthousiasme du dessin retombé, face à l’image de la destrruction, en éprouvant un sentiment étrange.
— Théodora Lucile, janvier 2026.
Notes
[1] Page Facebook de l’Université islamique (10 octobre 2023) ; Fāṭima al-Zahrāʾ Saḥwīl, « Maktabāt Ghazza : riḥlat al-bināʾ wa-l-tadmīr », Institut des études palestiniennes, 13 février 2025. Voir aussi la notice établie par le collectif « Scholars at Risk. » ainsi que cet article du Monde
[2] Lama Ayman Abu Khatro, « Marketing Plan for IUG Library », mémoire réalisé au sein du Département de Marketing, Faculté d’études économiques et administratives, Université islamique de Gaza, année universitaire 2021-2022, p. 3.
[3] Fāṭima al-Zahrāʾ Saḥwīl, « Maktabāt Ghazza : riḥlat al-bināʾ wa-l-tadmīr », Institut des études palestiniennes, 13 février 2025.
[4] Post Facebook de l’Université islamique de Gaza en date du 10 octobre 2023.
[5] Ghazal Golshiri, « Les douze universités de Gaza détruites ou endommagées par l’armée israélienne : ‘C’est une guerre contre l’éducation’ », Le Monde, 6 mars 2024.
[6] Fāṭima al-Zahrāʾ Saḥwīl, « Maktabāt Ghazza : riḥlat al-bināʾ wa-l-tadmīr », Institut des études palestiniennes, 13 février 2025
[7] Notice du collectif « Scholars at Risk »
[8] Post Facebook de l’Université islamique de Gaza, 10 octobre 2023.
[9] Notice du collectif « Scholars at Risk ».
[10] Voir Fāṭima al-Zahrāʾ Saḥwīl, « Maktabāt Ghazza : riḥlat al-bināʾ wa-l-tadmīr », Institut des études palestiniennes, 13 février 2025, Samar Saeed, « Israel’s Continued Colonial Policy of Eradicating Palestinian Knowledge », Center for Contemporary Arab Studies, 30 mai 2024, ainsique le quatrième rapport préliminaire relatif aux destructions du secteur culturel publié le 11 février 2024 par le ministère de la Culture palestinien (qui mentionne à la page 51 que la bibliothèque centrale de l’Université islamique de Gaza a été touchée par les bombardements israéliens). Vous pouvez enfin consulter la brève notice consacrée à cette bibliothèque par l’Institut d’études palestiniennes.
[11] C’est ce qu’indique l’Université dans une vidéo publiée sur son site le 5 novembre 2024. Voir aussi Fāṭima al-Zahrāʾ Saḥwīl, « Maktabāt Ghazza : riḥlat al-bināʾ wa-l-tadmīr », Institut des études palestiniennes, 13 février 2025.
[12] Bashshār Abū Zikrī, « Nāziḥūn bi-Ghazza yastaḫdimūn kutub al-jāmiʿa wuqūdan li-l-ṭahī », Al-Jazeera, 22 avril 2025. En lien avec cet article, un reportage vidéo est publié notamment sur X/Twitter à la même date. Voir aussi « Ghazza… ʿindamā tataḥawwal kutub al-dirāsa ilā wuqūd li-l-ṭahī », Sky News Arabia, 1er juin 2025. Le site Ultra Palestine a diffusé sur X/Twitter le 22 mars 2025 quatre photographies montrant les livres de la bibliothèque de l’Université islamique de Gaza jonchant le sol, et récupérés en vue de servir de combustible. Voir également Jehad Alshrafi, « AP Photos : A bombed-out Gaza university becomes a shelter for displaced Palestinians », Associated Press News, 9 avril 2025. Les photos sont reprises dans un article d’Al-Jazeera paru le lendemain et portant le même titre.
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