Au nom des valeurs de liberté, d’égalité et de solidarité défendues par la France, des étudiants de Gaza, représentés par Anne-Christine Habbardet Marie Rupp d’Academic Solidarity with Palestine, demandent la reprise des évacuations suspendues depuis le 1er août.
Nous sommes des étudiantes et étudiants de français à Gaza et nous avons besoin d’aide. Nous sommes prisonniers d’une guerre qui cherche à nous tuer tous.Mais nous voulons vivre et pour cela nous avons besoin d’un engagement diplomatique fort de la France.
A Gaza, avant la guerre et pendant la guerre, nous étudions la langue, l’histoire et la littérature de votre pays. Nous étudiions initialement avec l’Institut français de Gaza, antenne de l’Institut français de Jérusalem, et maintenant grâce à l’association Academic Solidarity with Palestine, qui organise nos cours.
Semaine après semaine, nous apprenons à aimer votre pays, qui est le pays des Lumières. Il faut être un étranger pour comprendre à quel point votre langue et votre culture comptent dans le monde. Nous aimons et nous respectons beaucoup les professeurs qui nous font cours. Ils maintiennent l’espoir vivant en nous, en dépit de la mort, contre les massacres et la famine, contre la volonté d’éliminer notre identité par la destruction de notre patrimoine et de tous nos lieux de savoir, contre le plan d’invasion et d’occupation en cours des territoires à Gaza et en Cisjordanie. A Gaza, toutes les étudiantes et tous les étudiants étudient contre la mort.
Qui sommes-nous ? Nous sommes une centaine d’étudiants à suivre régulièrement nos leçons de français, deux à trois fois par semaine. En réalité, nous sommes même davantage : depuis le début de l’année, nous avons été plus de 250 à nous inscrire aux cours de français. Nous avons appris à suivre un cours en ligne avec un petit téléphone, très souvent sous une tente, ou même dans un coin écarté, dehors, dans les gravats.
Etudier, c’est rester debout
Nous partageons entre nous nos documents, nos exercices et nos devoirs, car toutes les bibliothèques, y compris virtuelles, ont été détruites. La majorité d’entre nous ne verra certainement jamais la France et le sait pertinemment. La connexion Wi-Fi est souvent très mauvaise. On suit les cours en étant malade ou en ayant faim. Mais on n’abandonne pas. Etudier, c’est rester debout. C’est être libre.
L’Institut français de Gaza est situé rue Charles-de-Gaulle, à Gaza. Ce nom est un symbole pour le monde entier. Il représente une France particulière de la dernière guerre que votre pays a connue, une France résistante et courageuse. Nos grands-parents et nos parents connaissent depuis longtemps l’Institut français, créé en 1982, en pleine guerre du Liban, sur un terrain offert par Yasser Arafat, le premier président de l’Autorité palestinienne. Un grand bâtiment jaune.
Une bibliothèque. Quelques milliers de livres. Dès l’origine, des cours de français pour celles et ceux qui veulent connaître la langue et la culture du pays. Des expositions. Des concerts. Un lieu pour lire et pour écrire. Un lieu d’hospitalité dans Gaza.
Le 3 novembre 2023, l’Institut français de Gaza a été frappé par l’armée israélienne. Des hommes en uniforme sont entrés et ont incendié des livres à l’intérieur. Depuis, c’est une ruine. Après le 7-Octobre – jour noir de massacres –, presque deux années de massacres parmi les plus inconcevables ont suivi, au vu et au su du monde entier. Mais malgré les camarades et amis morts, les enseignants de l’université morts, les frères et sœurs, les parents morts, toutes les écoles et toutes les universités détruites, les manuscrits anciens qui sont la mémoire de notre peuple détruit, nous étudions. Et nous étudions le français.
Responsabilité morale
Aujourd’hui, on se dit qu’on va crever. On ne respire plus et on attend. Qu’est-ce qu’on attend ? On attend un cessez-le-feu. Notre cœur et notre âme tout entiers sont tendus vers la paix. Nous attendons un geste fort de la part de la France. Des dizaines d’étudiants et de chercheurs ont obtenu des bourses pour venir en France, mais les évacuations sont toutes suspendues – terrible punition collective, et injuste à tous égards.
Nous vous demandons solennellement de ne plus rester sourds à nos voix, et de maintenir vivantes les valeurs qui ont toujours été défendues par la France – la liberté, l’égalité, les droits humains, la solidarité. Nous n’avons pas besoin d’une diplomatie qui accorde des bourses d’étude de la main droite pour les retirer de la main gauche. Nous avons besoin que les évacuations reprennent et soient élargies à tous les étudiants et à leurs familles. Nous sommes en danger de mort.
La francophonie, ce ne sont pas seulement des cours en ligne, ce n’est pas seulement le rayonnement culturel, c’est aussi une responsabilité morale et politique. Pour que la France ne soit pas seulement un pays qui parle la langue de la justice et de la liberté, mais soit aussi un pays d’action et de courage.
Laissez-nous, étudiants de français à Gaza, contribuer à la paix